Mobilité électrique : l’avenir appartient aux voitures électriques mais se fait attendre

Les voitures électriques existent depuis longtemps déjà et ces dernières années, leurs avantages ont été de plus en plus encensés. Elles sont notamment considérées comme un espoir dans la lutte contre le changement climatique. Cependant, le boom maintes fois annoncé ne s’est toujours pas produit. Il existe actuellement plusieurs raisons qui ne favorisent pas une hausse rapide du nombre de voitures électriques en circulation. Les chiffres actuels en Suisse sont éloquents. Tout cela pourrait toutefois changer à l’avenir et une discussion plus approfondie s’amorce en Suisse.

Les voitures électriques sont sur toutes les lèvres depuis quelques années déjà. On pourrait penser qu’il s’agit là d’une nouvelle conquête de l’humanité. Cependant, les véhicules électriques ne sont pas une nouveauté : les premières voitures de ce type sont apparues dès 1888. Vers 1900, près de 40% des voitures aux États-Unis roulaient à l’électricité contre seulement 22% à l’essence, les véhicules à vapeur dominaient le marché. À l’époque, les États-Unis comptaient environ 34 000 immatriculations de véhicules électriques : on recensait même 50% de voitures électriques à New York. Il est également intéressant de noter que l’autonomie des véhicules de l’époque, à peine supérieure à 100 km, est similaire à l’autonomie des véhicules actuels.

Les avantages des voitures électriques

Le rendement énergétique est sans aucun doute un des principaux avantages des voitures électriques. Un moteur électrique est plus efficient qu’un moteur à combustion. En prenant en compte l’efficacité uniquement sur le plan de l’utilisation de l’énergie (Tank-to-Wheel), les voitures électriques sont nettement plus efficaces que les autres véhicules. Lorsque l’on considère l’ensemble de la chaîne d’effets, incluant la production de l’énergie motrice (Well-to-Wheel), les véhicules électriques demeurent toujours plus efficaces mais cette efficacité baisse en comparaison avec les moteurs à combustion, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Par ailleurs, la dépendance est plus faible vis-à-vis de l’étranger puisque l’on consomme moins de carburants fossiles. Cela suppose que l’électricité consommée soit produite en Suisse. Les besoins supplémentaires en électricité seraient relativement modestes. Selon un rapport de l’Office fédéral des routes (OFROU) de 2012, les besoins en électricité augmenteraient seulement dans une fourchette comprise 0,25 et 0,4% par rapport à la consommation actuelle en Suisse pour environ 100’000 de ces voitures d’ici à 2020.
L’augmentation de la qualité de vie en raison de l’absence de bruit du moteur et d’émissions sonores plus faibles dans les rues est également considérée comme un avantage. Toutefois, les moteurs électriques silencieux constituent aussi de nouveaux risques de sécurité pour les cyclistes et les piétons.
Le stockage des énergies renouvelables entré en jeu ces dernières années représentera également un avantage, puisque l’idée consiste à stocker l’excédent d’électricité provenant d’énergies renouvelables dans les batteries et à le réinjecter dans le réseau lorsque c’est nécessaire. La percée se fait toutefois encore largement attendre.
Le principal avantage des voitures électriques est donc évidemment le bilan respectueux de l’environnement et les émissions de CO2. Elles constituent un espoir pour la réduction des émissions de CO2 et la lutte contre le changement climatique, même si les résultats des études menées sur leur bilan de CO2 varient considérablement. Le mix électrique sur lequel on se base pour la recharge des batteries est déterminant. En Suisse, nous disposons d’un mix électrique quasiment exempt de CO2 grâce à la force hydraulique et au nucléaire. Avec un mix électrique suisse, les valeurs d’émission de CO2 sont très faibles comparées à un véhicule diesel économe qui émet environ 120 g de CO2 par kilomètre. En revanche, si l’on recharge sa voiture électrique avec de l’électricité issue de centrales à charbon étrangères par exemple, ces valeurs augmentent considérablement et le bilan de CO2 d’une voiture électrique et d’un véhicule diesel devient plus ou moins équivalent. Les moteurs à combustion sont également de plus en plus respectueux de l’environnement. Avec les nouvelles directives européennes en matière d’émissions, les moteurs à combustion ne devront émettre plus que 95 g/km d’ici à 2020. Il est évident qu’avec le mix électrique actuel, les émissions locales diminueraient en Suisse avec les voitures électriques, puisque notre électricité n’est pas produite dans des centrales fossiles. Cela pourrait avoir un impact particulièrement positif sur les agglomérations.

La situation actuelle

Malgré les faits historiques et les avantages cités, on ne trouve que très peu de voitures électriques sur les routes suisses. La part de marché des véhicules électriques en Suisse s’exprime en pour mille. Selon l’Office fédéral des routes (OFROU), la Suisse et le Liechtenstein comptent au total 4,4 millions de voitures de tourisme environ (au 30 septembre 2013), dont seulement 2 700 véhicules sont électriques, ce qui correspond à 0,06%. En Allemagne, elles ne représentaient même que 0,02% à la fin 2012. Si l’on y ajoute les véhicules hybrides (voitures disposant à la fois d’un moteur électrique et d’un moteur à combustion), on atteint en Suisse environ 37 800 véhicules, soit environ 0,9% de l’ensemble des voitures de tourisme.
Ces chiffres faibles étonnent par rapport à la présence du sujet dans les médias. De même, différents projets et activités autour des voitures électriques sont en cours en Suisse. Citons surtout le projet EVite qui a été mis en place fin 2012 par le secteur privé et qui souhaite installer des stations de recharge rapide accessibles au public. Dans le cadre du projet, 15 sociétés se sont engagées à construire cinq stations chacune. Y participent notamment les entreprises romandes Alpiq et Groupe E.

La Norvège fait actuellement figure de chef de file en matière de mobilité électrique. Une position qu’elle a atteinte grâce à des mesures gouvernementales. Cela va d’un achat détaxé, qui peut conduire à une quasi-parité des prix avec les autres véhicules, jusqu’au stationnement et à la recharge, gratuits dans les centres villes, en passant par l’utilisation des couloirs de bus. Ces mesures ont permis aux voitures électriques d’atteindre une part de marché d’environ 1%. En Suisse, les aides d’État directes ne sont actuellement pas à l’ordre du jour. Walter Steinmann, directeur de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), s’est prononcé défavorablement à ce sujet au cours d’une interview en août 2013. D’une part, on ne souhaite pas encourager dès maintenant une technologie sans savoir quelle sera la voiture de demain. D’autre part, la voiture électrique en Suisse est probablement destinée à devenir une deuxième voiture et il n’est pas non plus question de favoriser l’acquisition d’un deuxième véhicule.

Les difficultés de la mobilité électrique

Quatre raisons principales expliquent le nombre de véhicules électriques encore faible aujourd’hui en Suisse :

  • Le choix de véhicules électriques actuellement disponible est encore très limité. Aujourd’hui, le client peut choisir parmi moins de 20 modèles différents (décembre 2013).
  • Le prix très élevé est un frein à l’achat. Les batteries, très chères, peuvent coûter autant que la construction de la voiture elle-même.
  • L’autonomie des voitures s’avère limitée en raison du poids des batteries et de leur capacité de stockage restreinte. On parle d’une autonomie d’environ 100 à 150 kilomètres. La densité énergétique des batteries n’est donc pas aussi importante que celle de l’essence ou du diesel. S’il existe déjà des voitures électriques (p. ex. Tesla) possédant une autonomie pouvant aller jusqu’à 500 kilomètres, elles s’adressent uniquement à une clientèle haut de gamme.
  • Une quatrième et dernière raison est la recharge des batteries. Celle-ci peut durer cinq à huit heures. Un chargeur rapide très performant (50 kW/h) permet de recharger la voiture en 15 à 30 minutes à environ 80%. L’infrastructure existante des stations de recharge rapide en Suisse n’est toutefois d’aucune manière comparable à celle des stations essence et diesel. Jusqu’à présent, la Suisse compte à peine 13 stations de recharge rapide publiques pour voitures électriques, dont deux sur autoroutes (chiffres de décembre 2013). Le projet EVite doit permettre de porter ce nombre à 80 dans toute la Suisse. Le problème lié à la normalisation de l’infrastructure de recharge est désormais résolu. En Suisse, il existe trois types de prises. Aujourd’hui, ces trois types peuvent être disposés dans une colonne et chaque modèle (à l’exception de Tesla) peut ainsi être rechargé. Mais il reste encore de nombreuses questions ouvertes

Les perspectives d’avenir

Actuellement, l’électricité coûte environ 3 CHF pour 100 kilomètres et est donc bien moins chère que l’essence. Alors que l’impôt sur les huiles minérales représente presque la moitié du prix de l’essence, il n’existe pas (encore!) de taxe de ce type pour les voitures électriques. À moyen terme, le passage d’une taxation des carburants fossiles à une taxation de tous les véhicules en fonction du kilométrage soulèvera des discussions. Le Conseil fédéral envisage déjà un forfait sur les voitures électriques étant donné que celles-ci ne paient rien pour l’utilisation de l’infrastructure des transports, comme l’annonçait la conseillère fédérale Doris Leuthard dans une interview de janvier 2014. Elle parlait d’un forfait annuel de 500 CHF que le Conseil fédéral souhaiterait instaurer à partir de 2020 pour les voitures électriques.
Une discussion approfondie est amorcée dans le milieu politique et l’administration. Les politiques semblent s’intéresser de plus en plus au sujet. Le groupe parlementaire sur la mobilité électrique a été créé le 26 septembre 2013, et réunit des représentants de tous les grands partis. L’Office fédéral de l’énergie a également été chargé par une motion d’élaborer un plan directeur pour permettre à la mobilité électrique de s’imposer plus rapidement sur le marché. Les premiers résultats sont attendus pour le milieu de cette année.
Il est difficile de prédire la manière dont va se développer la mobilité électrique. Le Centre d’évaluation des choix technologiques TA-SWISS a publié, fin 2013, une étude sur la mobilité électrique en Suisse. Les auteurs prévoient qu’en Suisse une voiture neuve sur dix en 2025 et une voiture neuve sur deux en 2035 sera électrique. Un peu plus optimiste, un représentant de l’Académie de la mobilité table sur 700 000 véhicules électriques d’ici à 2020 en Suisse et sur une proportion de 50% des ventes de voitures neuves en 2035. Il est évident que toute nouvelle technologie a besoin d’un certain temps pour pouvoir s’imposer. Cela dépendra beaucoup de facteurs externes tels que les prix de l’essence et de l’électricité mais également des éventuels progrès technologiques. Pour que ces pronostics ambitieux puissent se réaliser, il est nécessaire de doubler la capacité de la batterie et de diviser par deux le prix des voitures électriques.

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